Etat d’urgence prolongé: La vie d’Issa après l’assignation à résidence

21 mai 2016

ADM dans la presse

Etat d’urgence prolongé: La vie d’Issa après l’assignation à résidence

Toulouse, le 26 février 2013. Illustration Police Nationale devant le commissariat central.

Toulouse, le 26 février 2013. Illustration Police Nationale devant le commissariat central. – Fred.Scheiber

Publié le 19.05.2016 à 07:25

« Les autorités ont reconnu que j’étais innocent, j’ai été lésé et mes droits ont été bafoués, la moindre des choses serait que l’Etat se porte garant dans le remboursement de mes dettes ». Plus de trois mois après la levée de son assignation à résidence, Issa, 37 ans, chauffeur-livreur originaire de Haute-Savoie, ne décolère pas. Alors que les députés doivent voter jeudi la troisième prorogation de l’état d’urgence, régime d’exception mis en place au lendemain des attentats, plusieurs ONG dont Amnesty International, dénoncent des centaines de « vies bouleversées ».

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Novembre 2015 : Suspicions et état d’urgence

Le 7, Issa reçoit un étrange coup de fil : « Les services de renseignement me disent que ma femme et moi sommes sur le point de partir en Syrie et que nous avons désormais l’interdiction de sortir du territoire ». Pour ce père de trois enfants, bientôt quatre, c’est l’incompréhension. Convoqué par les autorités, on lui explique les motifs de cette décision : son projet de départ en Turquie avec sa famille, un appel anonyme au numéro vert mis en place par le gouvernement et ses dons réguliers en 2012 à l’ONG Free Syria.

« On part chaque année en novembre parce que les billets sont moins chers. Nous avions réservé un vol et un hôtel à Istanbul pour les vacances, et je voulais en profiter pour garnir mon stand de prêt-à-porter que je tiens au marché en m’approvisionnant en textile là-bas », explique le Haut-Savoyard.

Le 13 novembre au soir, Issa et Samira, sa compagne, sont à Lyon pour rencontrer leur avocat. En sortant du restaurant où ils dînent, ils entendent à la radio le récit des attaques de Paris et Saint-Denis : « Comme tout le monde, on était horrifiés. J’ai regardé ma femme et tous les deux on s’est dit « ça y’est, on va nous soupçonner ». L’amalgame qui vient de la population, on s’y fait, celui qui vient de l’Etat, c’est plus dur à accepter ».

9 décembre-23 février : L’assignation

L’état d’urgence est instauré, le ministère de l’Intérieur juge les explications d’Issa insuffisantes. Après une perquisition et une enquête de la protection de l’enfance, les policiers frappent une nouvelle fois à sa porte le 9 décembre : il est assigné à résidence et contraint de pointer trois fois par jour au commissariat de police situé à 2 kilomètres de chez lui. Casier vierge, citoyen français, Issa est croyant mais n’a jamais compris pourquoi était inscrit « islamiste radical » sur sa notification d’assignation.

Depuis la délivrance de son interdiction de quitter le territoire, le jeune homme et sa femme ont été contraints de remettre leurs cartes d’identité et passeports aux autorités. En échange, on leur remet la « carte de l’humiliation » comme Issa surnomme le document : « Un vulgaire bout de plastique blanc » chargé de remplacer la carte d’identité. Entre le 9 décembre et le 23 février, date à laquelle les policiers l’ont informé de la fin de son assignation à résidence, sans autre forme d’explications, le père de famille parvient à trouver du travail. Chaque fois, son statut d’assigné et ses contraintes poussent ses employeurs à écourter le contrat.

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Depuis le 23 février : l’humiliation et les dettes

Une fois la mesure levée, les difficultés persistent : « J’ai retrouvé un travail trois jours après la fin de mon assignation. Quand mon patron a eu connaissance de mon histoire, il m’a dit qu’il ne pouvait pas me garder, de peur de perdre des clients ». Si le jeune homme se dit « optimiste » quant à son avenir professionnel, il reconnaît s’être endetté ces derniers mois. Aujourd’hui, Issa et sa femme ne peuvent toujours pas quitter le territoire et n’ont pas récupéré leurs papiers. Si la solidarité avec ses voisins s’est instaurée, difficile d’esquiver les regards négatifs : « Ceux qui ne nous connaissent pas, musulmans ou pas, ont une mauvaise opinion, nous fuient et nous regardent comme si nous étions des terroristes ».

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Issa déplore la solitude et les contrôles d’identités violents malgré le soutien de l’association ADM (Action droits des musulmans) : « Ma femme a été contrôlée après la levée de mon assignation dans une boutique de téléphonie. Les policiers l’ont emmenée à pied, dans une rue piétonne et passante, c’était humiliant. Finalement ils ont vu que tout était en règle et se sont excusés. Moi j’ai eu droit à deux contrôles, dont un au cours duquel j’ai été plaqué contre une vitre devant tout le monde et fouillé comme si j’avais une ceinture d’explosifs. Je leur ai dit qu’ils alimentaient la peur ».

Depuis février, 69 personnes restent assignées à résidence. Leurs cas devraient être réexaminés après le vote des députés.

 

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source: 20 minutes

http://www.20minutes.fr/societe/1847347-20160519-etat-urgence-prolonge-vie-issa-apres-assignation-residence

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